Nous avons tous déjà remarqué que la musique a des effets sur nous et sur nos émotions.
Gérard Mick, le neurologue et neurobiologiste que nous avons rencontré, s’est intéressé aux effets de l’écoute musicale chez les patients. Il a participé à de nombreux projets traitant de ce sujet, comme le projet européen EBRAMUS (European Brain and Music) qui s’intéresse à la question : « La musique peut-elle faire avancer le développement sensoriel, cognitif et moteur chez des enfants et des adultes normaux et chez des handicapés ? ». Il nous a décrit la musique comme un outil de santé, pouvant participer au rétablissement de patients atteints de certaines maladies telles que les maladies de Parkinson, d’Alzheimer, et d’autres maladies neurodégénératives.
De façon générale, l’écoute d’une musique favorise un rétablissement moral grâce au plaisir prodigué par sa richesse, par la nouveauté des créations, la surprise et par la variété impressionnante de sonorités, tout en nous cultivant « musicalement ». Cependant, il n’y a pas une musique ni un type de musique plus efficace qu’un autre, ou encore un son de longueur d’onde précise qui soigne. Cela dépend des personnes parce que chaque cerveau est différent et perçoit la musique différemment.
Gérard Mick a mis en évidence cinq effets différents : stimulant, hédonique, relaxant, distractif et apaisant. Ces vertus sont possibles grâce au fait que lorsque nous percevons de la musique, ce n’est pas une zone spécifique et isolée de notre cerveau qui s’active. En effet, plusieurs régions cérébrales participent. La musique a probablement le pouvoir de nous émouvoir plus que les autres arts parce qu’elle est capable, dans sa polyphonie, d’éveiller simultanément différentes régions de notre cerveau.
• Quelles sont les régions du cerveau qui rentrent en jeu lors de la perception d’une musique ?
Le son est d’abord traité par les structures de l’oreille (comme vu précédemment) et par les aires primaires et secondaires du système auditif (voir schéma ci-dessous). Différentes parties du cerveau, impliquées dans la mémoire, les émotions, les mouvements et d’autres modalités sensorielles, interviennent ensuite. Certaines sont communes à la musique et au langage mais d’autres seraient spécifiques à la musique. Les chercheurs ont pu mettre en évidence ces zones en observant un cerveau sous l’influence de la musique grâce à l’imagerie par résonance magnétique dans les années 90.

Hervé Platel, un professeur en neuropsychologie, est l’un des premiers avec son équipe a avoir réussi à repérer les réseaux du cerveau impliqués dans la mémoire et la perception musicale. On pensait alors que les deux hémisphères du cerveau jouaient un rôle complémentaire : le gauche intervenant dans la logique et le langage, et le droit dans la partie artistique. Or l’équipe a découvert que la musique engage le cerveau dans sa globalité. Écouter une œuvre musicale y crée une véritable « symphonie neuronale » faisant fonctionner les quatre lobes cérébraux, le cervelet ou encore l’hippocampe, servant pour la mémoire.

• Quelques régions stimulées lors de la perception d’une musique :
– Le fait d’écouter des sons active notamment le noyau cochléaire, le tronc cérébral et le cervelet. L’influx nerveux, qui correspond à l’onde sonore et qui provient de l’oreille interne, est tout d’abord transmis au tronc cérébral puis au cervelet. Ils y sont analysés de façon sommaire : hauteur et volume du son. Quelques instants plus tard, l’information se déplace vers le cortex auditif, situé de part et d’autre de notre crâne dans la partie supérieure du lobe temporal.

Pour traiter une musique, d’autres régions qui participent au langage sont impliquées en plus de celles évoquées juste au-dessus pour les sons, telles que les aires de Broca, de Wernicke et d’autres régions du cortex temporal.


– La musique n’est pas seulement des rythmes et des sons : elle produit des émotions. Dès que nous ne sommes pas indifférents à ce que nous entendons, le cortex orbitofrontal (la partie à l’extrémité inférieure du cortex frontal, lieu clef du processus de récompense) et l’amygdale (évaluations des stimuli sensoriels, réponse à la peur, au plaisir,…) frémissent de milliers d’influx nerveux. Tout comme la nourriture, les drogues, etc…, la musique sollicite donc le circuit de la récompense dans le cerveau de l’auditeur. Ce système augmente la libération de dopamine, le neurotransmetteur du plaisir, responsable de ce « frisson musical ». C’est une équipe canadienne de l’université McGill qui l’a révélé en 2011 en utilisant des techniques d’imagerie cérébrale.

– Lorsque nous inventons une musique, par exemple en chantant, certaines régions situées dans le cortex frontal et le cortex temporal sont stimulées.

• Suivant les caractéristiques des musiques, différentes zones sont activées :
– Si le son perçu possède un rythme, son analyse est réalisée de nouveau dans le cervelet, et dans les cortex frontaux et pariétaux, situés à la surface des lobes correspondants. On remarque aussi de façon notable sur l’imagerie que le cortex moteur, dans le lobe frontal à la frontière avec le pariétal, semble « trépigner d’impatience de s’activer ». En sachant qu’il désigne la région du cerveau qui contrôle et planifie l’ensemble des mouvements volontaires du corps humain, cela expliquerait peut-être pourquoi nous battons la mesure avec le pied dès que l’on perçoit un rythme.

– Les variations de la tonalité activent, en plus de l’incontournable cervelet, le cortex préfrontal (la partie la plus avancée du cortex frontal, siège de fonctions exécutives complexes) et de nombreuses régions du lobe temporal.

– Si nous écoutons une musique qui nous est familière, le cortex préfrontal travaille de nouveau en même temps qu’un nouvel élément l’hippocampe, structure centrale de la mémoire.

– Enfin, lorsqu’on fredonne une musique « dans sa tête », la plupart des zones en activité lors d’une écoute réelle s’activent. Seul le cortex auditif ne l’est pas, tandis que le lobe frontal travaille lui énormément
Avec tant de zones cérébrales sollicitées, la musique ne s’efface pas facilement de nos esprits.
• Utilisation médicale :
Nous écoutons de la musique chez nous par plaisir. Mais elle est aussi employée de manière médicale à travers la musicothérapie : un traitement qui utilise le plaisir procuré par le fait d’entendre une musique que le cerveau interprète. On se sert de la stimulation de ces différentes zones pour aider au rétablissement d’un patient.
Sources des images :
*1 : Schéma sur https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Cortex_auditifs_primaire_et_secondaire.pdf?uselang=fr
*2 : Schéma sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Lobe_(cerveau)
*3, 4, 6, 7, 8 et 10 : Schémas extraits du livre Les bienfaits de la musique sur le cerveau de Emmanuel Bigand
*5 et 9 : Animations sur https://www.allodocteurs.fr/maladies/cerveau-et-neurologie/comment-le-cerveau-entend-il-la-musique_15642.html
Article modifié pour la dernière fois le 04/03/2019